Présentation
générale :
Intitulé
« Jeunes en difficulté. Quelles
souffrances ? Quelles réponses ? », le 2ème
Colloque vietnamien-français de psychologie s’est superbement déroulé les
27 et 28 octobre à Hanoi, dans les beaux locaux rénovés de l’Université
des Sciences Sociales et Humaines (USSH) réservés par la Faculté de
Psychologie.
Il a donné le ton du professionnalisme à une
semaine complète de travaux organisés autour de cinq ateliers à thèmes :
-
rencontres de praticiens français de l'ADEPASE avec des équipes
vietnamiennes sur les lieux d'exercice autour de préoccupations éducatives
et thérapeutiques ciblées ;
-
rencontres des universitaires et praticiens français de l'ADEPASE avec
les nouveaux employeurs de psychologues autour des contrats de travail
;
-
groupes de réflexion des jeunes psychologues vietnamiens sur leur toute
nouvelle pratique clinique, sous la supervision de psychologues françaises
expérimentées;
-
accompagnement individualisé de chaque jeune psychologue vietnamien sur
son lieu de travail par des psychologues français expérimentés ;
-
et… pour construire l'avenir, inauguration de l'appui scientifique à
la Filière universitaire Francophone (FuF) de psychologie clinique par des
cours et études de cas de psychopathologie de l'enfant, de l'adolescent et de
l'adulte assurés par des universitaires françaises ayant une pratique
clinique de psychologue.
Ce colloque et cette semaine de travail furent,
disons-le, une nouvelle réussite dans la dynamique de coopération
universitaire en psychologie mise en place officiellement depuis 1997.
Il s'est réalisé dans la continuité
originale du premier colloque vietnamien-français de psychologie « Enfances, cultures, éducations »
qui s’était déroulé à Hanoi les 17-18 avril 2000, et qui avait
marqué, rappelons-le, le fort désir des chercheurs et praticiens des deux
pays de travailler ensemble, tant dans le secteur de l’éducation que dans
celui du soin (cf. les Actes publiés en français, vietnamien et anglais dans
la revue "Etudes Vietnamiennes", revue à comité de lecture, aux éditions
Thê Gioi – n° 137 et 138 pour la version française-).
Ce deuxième colloque pour sa part était résolument
centré sur les problèmes posés par la jeunesse, dans le but d'approfondir
les questions relatives au malaise des enfants et des adolescents, de donner
écho aux interrogations soulevées par les professionnels, et d'impulser de véritables
échanges entre praticiens, formateurs et chercheurs, rassemblés pour croiser
les expériences et partager les réflexions théoriques.
Co-organisé par l'Association pour le Développement
de la Psychologie en Asie du Sud-Est (ADEPASE) et la Faculté de psychologie
de Hanoi, il a su obtenir le soutien de partenaires prestigieux tels que les
universités impliquées dans la coopération Vietnam-France en psychologie :
l’Université des Sciences Sociales et Humaines (USSH) de Hanoi, Toulouse
II, Montpellier III, Nîmes, mais également l'Association des Pédagogues et
Psychologues vietnamiens, l'Association Départementale des Amis et Parents
d'Enfants Inadaptés (ADAPEI) du Gers, l'Agence Universitaire de la
Francophonie (AUF), l'Ambassade de France.
Des
remerciements particuliers à la Région Midi-Pyrénées et à la Ville de
Toulouse qui se sont impliquées financièrement dans cette coopération.
Le
déroulement des journées du colloque :
Le Colloque était présidé du côté
vietnamien par le vice-recteur de
l’USSH, Pham Gia Lam et par le doyen de la Faculté de Psychologie, Nguyen
Hoi Loan, et du côté français par Odette Lescarret, professeur de
Psychologie à l’Université Montpellier-Nîmes et par Jeanne Bertrand, présidente
de l’ADEPASE.
Monsieur
l’Ambassadeur de France au Vietnam était représenté par le Docteur
Philippe Biberson, attaché de coopération médicale. L’Agence
Universitaire de la Francophonie était représentée par Pierre Muller chef
de projet des Filières universitaires Francophones.
Deux
enseignantes en psychologie de l’Université Royale de Pnomh Penh,
francophones, Nhong Sopheany et Nhong Hema, représentaient le Cambodge ;
une enseignante de l’Université de Laval, francophone également, représentait
le Canada. Le professeur Pham Minh Hac représentait l’Association des Pédagogues
et Psychologues vietnamiens.
Annoncé
comme un moment de réflexions et d’échanges sur la pratique du psychologue,
ce colloque a tenu toutes ses promesses. Une matinée plénière et trois
ateliers sur trois demi-journées ont fait le plein de participants. Outre la
présence des enseignants-chercheurs des Universités françaises et
vietnamiennes, on pouvait remarquer celle des tout premiers psychologues
praticiens vietnamiens (diplômés en octobre 2002 dans le cadre de l’accord
de coopération interuniversitaire), ainsi que celle, originale, de leurs
employeurs. De nombreux étudiants de 4ème année de psychologie
ont pu également suivre les travaux, ainsi que des pédiatres et psychiatres
travaillant en hôpital général et de nombreux pédagogues.
Tous
sont intervenus, de façon très pertinente et parfois vive, avec une
remarquable liberté de ton à l’égard de leurs propres institutions, ou de
leurs autorités de tutelle.
Une
délégation de praticiens français, psychologues, éducateurs, directeur,
travaillant tous dans des structures hospitalières ou spécialisées dans
l'aide et l’accueil pour jeunes en difficulté, formateurs de travailleurs
sociaux, avocate, avait fait le voyage depuis Paris, Montpellier, Nîmes,
Carcassonne, Auch, Pau, Mont-de-Marsan pour échanger sur leur pratique et
faire part de leur expérience.
| - Lundi 27, matin : dès la fin des traditionnels et indispensables discours d’accueil, voulus brefs par les organisateurs, les congressistes se sont mis au travail après la présentation d’un film réalisé par l’équipe de l'Institut Médico-Educatif "Les Hirondelles" d’Auch (Gers) et présenté par Annie Couret, éducatrice spécialisée. Ce film a servi de support à la première discussion. Nos collègues vietnamiens, en particulier messieurs Le Khan et Pham Tat Dong, ont mis l’accent sur l’urgence à créer dans leur pays des structures d’accueil pour jeunes « désavantagés », selon leur jolie formulation, avec du personnel spécialisé. Il n’existe pas encore, au Vietnam, de formation d’éducateurs, de psycho-motriciens ni d’orthophonistes. | ![]() |
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Séance
plénière (de gauche à droite) : Odette Lescarret, Nguyen Hoi Loan (Doyen), Jeanne Bertrand, Marthe Noual (Educatrice-formatrice)
|
-
Intervenants :
Jeanne Bertrand -Tran Trong Thuy - Robert Lescarret - Vo Thi Minh Chi-
Lundi 27, après-midi : 3 ateliers :
-
Atelier 1 : «Approche
clinique en psychologie scolaire »- Présidents : Pr Lê
Khan et Jeanne Bertrand ; secrétaires : Truong Thi Khanh Ho
et Lucette Ruiz ; traducteur : Tran Dinh Binh.

Vue générale de l'Atelier 1
- Atelier 2 : « Psychologie et travail social » - Présidents : Pr Tran Thi Minh Duc et Béatrice Maisonnave ; secrétaires : Marthe Noual et Nguyen Ba Dat ; traducteur : Tran Thu Huong.
Intervenants : Serge Pruvost – Nguyen Ba Dat – Béatrice Maisonnave- Tran Thi Minh Duc.
- Atelier 3 : « Clinique psychopathologique »- Présidents : Dr Nguyen Huu Thu et Annie Castadère ; secrétaires : Madeleine Gueydan et Tran Thanh Nam ; interprète : Dr Ai.
Intervenants : Marie-Christine Saldana – Quach Thuy Minh- Nguyen Hong Thuy- Annie Castadère- Nguyen Huu Thu.
-
-
Atelier 1: Lucette Ruiz - Nguyen Tung Lam - Odette Lescarret -
Atelier 2: Corinne Capdeville - Marthe Noual - Annie Couret -
Atelier 3: Nguyen Sinh Phuc - Madeleine Gueydan - Hoang Cam Thu
mardi
28, le matin : reprise des 3 ateliers avec de nouveaux intervenants :

Do Mai Lan, Directrice Hôpital de jour de Mai Houng
Dr -
Synthèse des travaux (très
résumée): ont été soulignées les dimensions suivantes :
Atelier
1 : - la notion du temps du psychologue et du
temps de l’institution
-
la place du psychologue : médiateur entre
jeune-famille-institution
-
la nécessité au Vietnam de mettre en place des services de psychologie
scolaire.
Atelier 2 : -
le manque au Vietnam de structures d’accueil et de personnels spécialisés
-
la nécessité partout de travailler avec peu de moyens
-
la place des ateliers d’expression
Atelier
3 : -
la crise de l’adolescence en tant qu'étape de construction
-
les adolescents et la Loi
-
l’apport de la pluridisciplinarité
-
A 13 heures, le colloque
s'est clôturé par la remise solennelle des Prix ADEPASE aux 10 meilleurs étudiants
en Psychologie, toutes années de formation confondues, cérémonie présidée
par Jeanne Bertrand, Présidente de l’ADEPASE.
![]() |
Des Actes du colloque seront publiés, en vietnamien et en français.
Dès
la fin du Colloque, une réunion avec les psychologues praticiens vietnamiens
nouvellement diplômés a permis d’établir, à leur demande, un calendrier
mettant en place pour les jours suivants, des rencontres entre eux, les
psychologues praticiens et les éducateurs français, sur et hors leurs lieux
de travail, en présence et hors présence de leurs employeurs et avec
l’accord complet de ceux-ci :
-
Les rencontres de praticiens français avec des équipes vietnamiennes
sur les lieux d'exercice ont permis des échanges parfois très techniques,
autour de préoccupations éducatives et thérapeutiques ciblées, rapprochant
ainsi des éducateurs français et des bénévoles vietnamiens chargés de tâches
éducatives, avec la participation de psychologues mais pas toujours, mais
partageant en tout cas le souci commun de l'aide aux enfants ;
-
Les rencontres des universitaires et psychologues français avec les
nouveaux employeurs vietnamiens de psychologues autour des contrats de travail ont permis
des échanges d’une grande richesse : ces Directrices et Directeurs
d’Etablissements sont les premiers employeurs de psychologues au Vietnam. Il
faut les citer, car eux aussi sont des pionniers :
.
Nguyen Thi Nhat, Directrice de la Fondation N.T- CMPP de Dong Da (4
psychologues)
.
Nguyen Tung Lam, Proviseur du Lycée privé Dinh Tien Hoang (2 psychologues)
.
Pham Thi Vy, Directrice de l’Ecole privée d’Arts Ménagers Hoa Sua (2
psychologues)
.
Vu Thi Minh Huong, Directrice du Centre privé Phuc Tué (1 psychologue).
-
Les groupes de réflexion sur la pratique clinique de psychologue
sous la supervision de psychologues françaises expérimentées se sont déroulés
à plusieurs reprises dans la même semaine, en général le soir après le
travail : ils ont permis de faire le point sur les attentes des nouveaux
psychologues vietnamiens, leurs conditions matérielles de travail, leurs
questionnements sur la place du psychologue au sein des établissements où
ils exercent, sur l’éthique de la profession, sur la nécessité de sa réglementation,
etc…
-
L'accompagnement individualisé de chaque jeune psychologue vietnamien
sur son lieu de travail par des psychologues français expérimentés a été
d'une richesse exemplaire : partager avec nos jeunes collègues les conditions
d'exercice, réfléchir aux situations cliniques, institutionnelles,
techniques, évaluer la faisabilité de certains projets, inclure la recherche
et la formation personnelle dans le calendrier du psychologue, etc. sont
autant de préoccupations que nous partageons désormais, et la demande est
forte de pouvoir poursuivre dans le temps une telle réflexion en prise avec
les réalités de terrain.
-
L'appui scientifique à la Filière universitaire Francophone (FuF) de
psychologie clinique s'est inscrit à part entière dans la thématique
de travail de cette semaine, par des cours et études de cas de
psychopathologie de l'enfant, de l'adolescent et de l'adulte assurés par
Madeleine Gueydan et Marie-Christine Saldana deux universitaires françaises
ayant une pratique clinique de psychologues.
C'est
une première, puisque la FuF vient de s'ouvrir en septembre 2003 : les étudiants
de cette Filière ont étudié la langue française pendant leurs deux premières
années de psychologie, et maintenant qu'ils sont en 3ième année
de psychologie, leurs cours de psychologie clinique sont intégralement en
langue française. Les collègues vietnamiens francophones intervenant dans la
FuF ont ainsi commencé, lors de cette semaine, à bénéficier de l'apport du
Consortium d'appui que nous avons constitué. Un vaste projet à faire réussir,
par notre commune détermination, à partir du soutien central de l'AUF .
Ces
échanges sur la pratique se sont échelonnés matin et soir et ils ont
clairement montré que nos jeunes collègues psychologues ont tous la qualité
de réflexion et l’enthousiasme nécessaires pour construire et inventer
cette profession neuve dans leur pays, mais ils se sentent, à juste titre, un
peu seuls et demandent un accompagnement pratique et théorique de praticiens
français.
Un
certain nombre d’entre eux, boursiers de l’ADEPASE, parlent français.
L’ADEPASE établit donc un calendrier pour
l’année 2004 : quatre missions de psychologues praticiens sont prévues.
La première aura lieu en février 2004 grâce
au soutien du Conseil régional Midi-Pyrénées.
Conclusion :
Une
fois encore le colloque a permis de faire se rencontrer, en séances de
travail mais aussi lors de rencontres conviviales, autour d’un repas, des
psychologues praticiens, des
directeurs d’établissements, des universitaires, des professionnels de
l’enfance et de l’adolescence, d’horizons, de formations, d’expériences
et de cultures différents et pourtant pas si éloignés que cela les uns des
autres : en effet, s’ils ont tous le souci de respecter leurs différences
et d’être attentifs à ce qui fait leur originalité de pensée et de vie,
ils ont surtout le désir de repérer ce qui les unit et ce qu’ils ont en
commun. Et ils découvrent, à chaque rencontre, que c’est beaucoup. Nous
partageons plus que jamais la même éthique, celle du respect de la personne
humaine dans sa dimension psychique.
. Odette Lescarret, coordinatrice française
du colloque et des ateliers à thèmes, Professeur de psychologie à
l’Université de Montpellier-Nîmes
. Jeanne Bertrand, présidente de l'ADEPASE.
Nous remercions Odette Lescarret d'avoir su
nous faire adhérer, par son engagement, à l'enseignement de la psychologie
au Vietnam.
Après plusieurs échanges dans le cadre de
notre travail, nous avons pu réaliser ce projet qui nous a permis de partager
avec des étudiants très réceptifs et motivés, notre savoir-faire.
Au-delà de cette expérience très
enrichissante, notre séjour en Asie s'est avéré positif à tous points de
vue. Il nous a permis de mieux comprendre les difficultés d'un peuple
jusque-là inconnu pour nous tant sur le plan humain que professionnel.
Le quotidien dont nous avons été témoin, si
différent du nôtre, a suscité une grande admiration et un profond respect.
Nous n'occultons pas l'aide précieuse apportée par Jeanne Bertrand pour la réalisation et l'aboutissement de ce séjour.
Merci à tous,